
Quelles sont les origines du Carême ? Comment ce temps de jeûne mondialement connu a-t-il vu le jour ?
D'où vient le Carême ? Le mot est une contraction du latin Quadragesima, qui signifie « le quarantième ». Au tout début, au IIe siècle, c'était très court : on jeûnait seulement un ou deux jours, ou parfois 40 heures, le temps exact que le Christ a passé au tombeau. C'était un deuil, pas encore une retraite.
Mais l'impulsion décisive vient d'Égypte et de Syrie, aux IIIe et IVe siècles, avec les Pères du Désert. Des hommes comme Saint Antoine le Grand partent vivre une solitude radicale. Pour eux, imiter les 40 jours du Christ n'est pas un rituel, c'est un combat réel contre les « démons » intérieurs et les passions. Ils inventent l'ascèse chrétienne. C'est leur radicalité qui fascine alors les évêques et les fidèles des villes. L'Église comprend que ce « temps de désert » est nécessaire non seulement pour les moines, mais pour la santé spirituelle de tout le peuple de Dieu.
Fort de cette influence, le Concile de Nicée (325 ap. J.-C.) officialise la durée de 40 jours. L'objectif est double : imiter Jésus et préparer les catéchumènes. À l'époque, on ne baptisait que la nuit de Pâques. Ces 40 jours deviennent leur "camp d'entraînement" spirituel. Par solidarité, toute la communauté se met à jeûner avec eux.
Historiquement, la règle était stricte : un seul repas le soir, sans viande, ni œufs, ni laitages. C'est pour vider les garde-manger de ces denrées périssables avant le jeûne qu'est née la fête du Mardi Gras et du Carnaval.
Cependant, un problème de calcul surgit. Si l'on compte 6 semaines avant Pâques, cela fait 42 jours. Or, les dimanches, jours de Résurrection, le jeûne est interdit. En retirant les 6 dimanches, il ne reste que 36 jours de jeûne réel. Pour atteindre le chiffre sacré de 40, l'Église avance le début du Carême au mercredi précédent. En ajoutant ces 4 jours (mercredi, jeudi, vendredi, samedi), le compte est bon. C’est ainsi qu'est né le Mercredi des Cendres, marquant l'entrée en pénitence par le rite biblique de la poussière.
Par ailleurs, entre le IVe et le Xe siècle environ, le Carême n'était pas pour tout le monde de la même manière. Il y avait une catégorie à part : les Pénitents Publics. C'étaient des chrétiens ayant commis des « fautes graves » ou scandaleuses connues de la communauté. Ce jour-là, l'évêque ne leur souriait pas. Il versait des cendres sur leurs têtes, leur faisait enfiler des vêtements de toile rugueuse, puis, dans un geste théâtral, il les chassait physiquement de l'église, prononçant alors cette sentence : « Comme Adam fut chassé du Paradis, vous êtes chassés de la maison de Dieu. »
Pendant 40 jours, ils restaient sur le parvis. Interdits de communion, sans se laver, exposés au vent et aux regards, mendiant les prières de ceux qui entrent. Pourquoi une telle dureté ? Pour leur faire comprendre le prix du péché. Ce n'est que le Jeudi Saint, 40 jours plus tard, que les portes s'ouvriront à nouveau pour leur Réconciliation.
Avec le temps, cette pratique a disparu. Mais quelque chose de magnifique s'est produit au XIe siècle. Les fidèles, et même le Pape, se sont dit : « Au fond, ne méritons-nous pas tous d'être sur le parvis ? » C'est ainsi que nous avons tous commencé à recevoir les cendres. Non plus pour être chassés, mais pour reconnaître, ensemble, que nous avons besoin d'être rouverts à la Grâce.
Aujourd'hui, nous ne sommes plus chassés de l'église, mais nous entrons volontairement au désert. Le Carême est cette longue retraite de 40 jours pour passer de la poussière de nos vies à la lumière de Pâques. Le Carême est cet héritage des moines du désert : 40 jours pour faire taire le bruit du monde et réapprendre à écouter Dieu.