
Dans la Bible, le chiffre 40 n'est jamais un hasard. Il ne sert pas à compter, il sert à signifier. C’est le temps de l’épreuve, de la patience et de la préparation nécessaire avant une nouvelle naissance. C’est le temps théologique nécessaire pour passer de la ruine à la gloire. En hébreu, la lettre Mem (40) symbolise l'eau, le ventre maternel, mais aussi le chaos qui précède la création.
Tout commence avec Noé (Genèse 7). Il pleut pendant 40 jours et 40 nuits. C’est le temps nécessaire pour effacer le mal et laver la terre avant l'alliance de l'arc-en-ciel. C'est la première purification.
Puis vient Moïse. Sa vie est une suite de « 40 ». Il passe 40 ans en Égypte, 40 ans en exil à Madian, et 40 ans à guider le peuple. Sur le mont Sinaï, il jeûne 40 jours et 40 nuits à deux reprises (Exode 24 et 34) pour recevoir les Tables de la Loi.
En parallèle, les 12 espions explorent Canaan pendant 40 jours (Nombres 13). Mais à cause de leur manque de foi, Dieu transforme ces jours en années.
Le peuple d’Israël errera donc 40 ans au désert (Nombres 14). C'est le temps qu'il faut pour qu'une génération rebelle s'éteigne et qu'une génération libre puisse entrer en Terre Promise.
Plus tard, le prophète Élie, nourri par l'ange, marche 40 jours et 40 nuits jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb (1 Rois 19), fuyant la dépression pour retrouver sa mission.
Ezéchiel mime le siège de Jérusalem pendant 40 jours pour porter l'iniquité de Juda (Ezéchiel 4:6), et Jonas accorde un sursis de 40 jours à Ninive. Ici, le 40 est le délai ultime de la grâce avant le jugement.
Le chiffre marque aussi la plénitude politique. Les trois premiers rois d'Israël unifié — Saül, David et Salomon — règnent chacun exactement 40 ans (Actes 13, 2 Samuel 5, 1 Rois 11). Cela symbolise une ère complète, une génération totale de règne.
Enfin, le Nouveau Testament boucle la boucle.
Au début de son ministère, Jésus est poussé au désert. Il y jeûne 40 jours et 40 nuits (Matthieu 4), affrontant la tentation. Et à la fin, après sa Résurrection, Jésus reste sur terre 40 jours (Actes 1). Il ne monte pas tout de suite au ciel. Il prend ce temps sacré pour enseigner ses disciples une dernière fois avant l'Ascension.
Du déluge à l'Ascension, le 40 est le tunnel nécessaire vers la lumière. Une période close qui prépare l'éternité. Le 40 est donc la signature de Dieu dans l'histoire. C’est le tunnel de la foi. c'est précisément cette mémoire sacrée que l'Église réactualise chaque année durant le Carême, invitant les fidèles à entrer dans ce "temps de 40" non comme une punition, mais comme un chemin de dépouillement nécessaire pour passer, à la suite du Christ, de la mort à la Vie.